février 2010
30 billets
“Un business man regarde une chanson et il voit une pile de dollars, autour de laquelle planent des questions de droits ; moi, j’y vois l’un de mes bébés. Je me souviens de l’impression très étrange que j’ai un jour ressentie dans les années 1980. J’étais assis dans une salle de réunion, les yeux baissés sur une liste de mes propres chansons dont je pouvais racheter les droits, le copyright étant finalement redevenu disponible, et au milieu d’entre elles, j’ai vu le titre “Wide Open Road”. J’ai été soudain envahi par le souvenir vif et précis de ce que j’avais ressenti, trente ans plus tôt, lors d’un matin froid et pluvieux, dans ma caserne en Allemagne, avec ma guitare à cinq dollars, au moment où j’avais fait sortir cette chanson du néant. Comment ceci aurait-il pu appartenir à quelqu’un d’autre que moi ?”
Johnny Cash. Autobiographie.
Se rendre jusqu’à l’autre bout de la ville. Dépasser la carrière, les lits de la rivière. Au-dessus des ponts et des hangars à charbon. Aller jusqu’aux puits et la gare de triage. “C’est ici que tu prouves ce que tu vaux”. Le défi d’un frère, ce sourire diabolique et narquois. “Oh. Ce sera toujours comme ça”. Un petit frère dans l’ombre d’un héritage sans cœur. “Oh, c’est ici que l’on va voir qui part le premier. C’est entre toi et moi, et le train. La voie ferrée et la saleté. Oh, Tu ne pourras jamais me battre.” Et il reste là, tremblant, attendant la fumée au-dessus des arbres. Passer au travers. Il peut le sentir grondant, il peut le sentir sous ses pieds. Passer à travers. “Ça se rapproche, tiens-toi prêt. Stabilises-toi, ignore le bruit.” Tout devint silencieux jusqu’à la ruée au-dessus de sa tête. La traction et la poussée du moteur, d’avant en arrière avec le charbon et la vapeur. Les pensées qui défilent, les questions, la rivalité de l’adolescence. Et lorsque l’ainé lui fait signe, les peurs du cadet le paralysent, au travers des rails et du bois. “Ce n’est pas du jeu, putain de lâche.” Et le train continue sa route. “Le trouillard rentre chez lui”. Et le train continue sa route.